En petits groupes, lisez l’un des scénarios, discutez des questions et prenez des notes. Consacrez 20 à 25 minutes à ce scénario, puis réunissez-vous à nouveau pour une séance plénière de 10 minutes au cours de laquelle les groupes compareront leurs stratégies: sur quels points vos approches se sont-elles rejointes, et dans quels cas les contextes différents ont-ils imposés des choix différents?
Scénario n° 1. Manifestation pour les droits fonciers des peuples autochtones au Honduras
À La Esperanza, un comité de jeunes autochtones organise une manifestation pour réclamer la protection de leurs terres ancestrales contre l’exploitation forestière et minière illégale. Organiser cette manifestation au grand jour comporte des risques importants, car les militant·es sont soumis·es à la surveillance et à des actes d’intimidation de la part des autorités locales et d’agents de sécurité privés liés à des intérêts commerciaux.
Au Honduras, l’organisation des populations autochtones s’inscrit dans un contexte marqué par une impunité persistante, une discrimination structurelle à l’encontre des communautés autochtones ainsi que des liens entre acteurs économiques, services de sécurité privés et institutions de l’État. Si la mobilisation collective est essentielle pour défendre les droits fonciers, territoriaux et culturels, un militantisme visible peut exposer les organisateur·rices etmembres de la communauté à des actes de harcèlement, de criminalisation ou de violence.
Le comité doit donc réfléchir à la manière de faire en sorte que les membres de la communauté se mobilisent efficacement tout en préservant leur sécurité, leur anonymat et la pérennité du mouvement à long terme, en conciliant le besoin de visibilité et des stratégies visant à réduire les risques et à renforcer la protection collective.
Questions
Ce comité opère dans un contexte où le danger ne provient pas uniquement de l’État, mais d’un réseau d’acteurs privés et publics dont les intérêts se recoupent. En quoi cela influe-t-il sur les interlocuteurs auxquels le comité peut s’adresser en toute sécurité pour obtenir un soutien juridique, médical ou solidaire, et comment cela modifie-t-il sa stratégie de communication?
La communauté dispose de solides réseaux en présentiel, mais d’une infrastructure numérique limitée. Quelles formes de mobilisation sont les mieux adaptées à ce contexte, et quels sont les risques associés à chacune d’entre elles?
Si des agents de sécurité privés tentent d’intimider ou de perturber la manifestation, le comité ne peut pas présumerqu’appeler la police sera utile. Quelles mesures d’urgence devraient être mises en place, et qui, en dehors de la communauté immédiate, devrait être informé à l’avance?
Scénario 2. Plaidoyer pour les droits des personnes LGBTQI+ en Égypte
Un petit collectif de plaidoyer pour les droits des personnes LGBTQI+ au Caire réfléchit à la manière de sensibiliser le public à la discrimination et de plaider pour des protections juridiques. Organiser toute forme d’action publique visible comporte un risque élevé: les relations entre personnes du même sexe sont soumises à la criminalisation en vertu de lois sur la moralité formulées en termes très généraux, et les autorités ont systématiquement utilisé les réseaux sociaux et des opérations d’infiltration en ligne pour identifier, piéger et arrêter des personnes LGBTQI+. Le risque n’est pas seulement d’être identifié comme manifestant·e ; c’est d’être identifié·e comme queer. La répression politique, la stigmatisation sociale et le manque de moyens financiers limitent considérablement les options.
Le collectif doit donc réfléchir attentivement non seulement à la manière de s’organiser, mais aussi à la question de savoir si une manifestation conventionnelle est une forme d’action viable ou appropriée dans ce contexte, et, dans le cas contraire, quelles alternatives pourraient permettre d’atteindre des objectifs similaires tout en exposant moins les participant·es.
Questions
Étant donné que les participant·es risquent d’être soumis·esà la criminalisation non seulement pour avoir manifesté, mais aussi en raison de leur identité, un rassemblement public visible est-il la bonne forme d’action dans ce cas précis? Quelles alternatives – campagnes en ligne, actions de solidarité dans d’autres pays, documentation et reportages – pourraient permettre d’atteindre les mêmes objectifs tout en protégeant davantage les participant·es?
Les autorités égyptiennes ont utilisé les plateformes numériques pour identifier et piéger les personnes LGBTQI+. Quels risques numériques spécifiques cela engendre-t-il pour toute forme d’organisation en ligne, et comment le collectif doit-il aborder la communication, même entre membres de confiance?
Si le collectif décide de mener une action collective, à quoi ressemble un consentement éclairé et significatif pour des participant·es qui ne comprennent peut-être pas pleinement les risques juridiques qu’ils ou elles encourent? Qui a la responsabilité de s’assurer que ce consentement est sincère?