Table des matières
- RAPPORT SUR L’ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ CIVILE 2026
- PANORAMA: RÉSISTANCE À CONTRE-COURANT +
- DÉMOCRATIE: UNE ASPIRATION DURABLE +
- TECHNOLOGIE: INNOVATION SANS RESPONSABILITÉ +
- GOUVERNANCE MONDIALE: LA POLITIQUE DE PUISSANCE MET À L’ÉPREUVE LES RÈGLES +
- CONFLIT: L’IMPUNITÉ SANS LIMITES +
- CLIMAT ENTRE EFFONDREMENT ET PERCÉE +
- MIGRATION: LA CRUAUTÉ COMME POLITIQUE +
- LUTTES DE GENRE: RECUL ET RÉSISTANCE +
- LA GÉNÉRATION Z: UNE NOUVELLE RÉSISTANCE SE LÈVE +
- REMERCIEMENTS +
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Nous vivons une période de profonds bouleversements mondiaux, mais aussi de résistance croissante : partout dans le monde, de nombreuses personnes défient un pouvoir irresponsable. Même en ces temps difficiles, la société civile tient bon et se mobilise pour la dignité, la justice et l’espoir.
Les États puissants cherchent à remodeler le monde en sphères d’influence, contraignant les autres à se conformer à leurs exigences et déchirant les règles du jeu international. L’ordre mondial est en train de s’effondrer sous le poids d’une attaque délibérée. Plusieurs États se retirent des institutions chargées de leur demander des comptes ou cessent de les financer, notamment la Cour pénale internationale (CPI) et les organes des Nations unies (ONU) en charge des droits humains, fragmentant ainsi le système international en un patchwork où l’impunité règne en maître. La campagne concertée contre la Rapporteuse spéciale des Nations unies Francesca Albanese, menacée et diffamée par Israël et les États-Unis simplement pour avoir effectué son travail en rendant compte des violations des droits humains à Gaza, montre jusqu’où les gouvernements sont prêts à aller pour faire taire ceux qui les tiennent responsables.
L’impunité devient la norme dans les conflits, laissant des millions de personnes en danger et dans la misère. Israël et la Russie font partie des États qui bafouent le droit international humanitaire, tuant délibérément des civils et prenant pour cible la société civile et les journalistes. Au Soudan, les atrocités continuent dans un silence international. Des civils sont également tués lors des dernières frappes aériennes américaines et israéliennes contre l’Iran. Lancées au mépris du droit international, ces frappes risquent d’aggraver le conflit régional.
Les États influents choisissent de fermer les yeux sur les crimes contre les droits humains, se concentrant exclusivement sur leurs intérêts matériels. Lorsqu’ils interviennent, c’est de plus en plus souvent dans le cadre d’accords transactionnels visant à obtenir des avantages économiques et stratégiques, tels que l’accès aux combustibles fossiles et aux minerais, tout en ignorant les atrocités et les causes profondes des conflits.
De nombreux États privilégient la puissance militaire à la diplomatie. La flambée des dépenses militaires, souvent au détriment de l’aide internationale, alimente une dangereuse course aux armements et ravive les craintes de prolifération nucléaire. Les entreprises d’armement développent des armes toujours plus meurtrières, sans véritable contrôle ni leadership politique pour les contenir. Dans un contexte d’impunité et d’effritement des règles internationales, tout est réuni pour une intensification des guerres.
Un axe de pouvoir irresponsable montre sa force à mesure que les élites économiques, militaires, politiques et technologiques convergent. Les oligarques de la technologie s’alignent sur les dirigeants autoritaires, nationalistes et populistes, voire sur des idéologues encore plus extrémistes. Ils utilisent l’immense portée de leurs plateformes pour diffuser des théories du complot, de la désinformation et de la haine, tout en défiant les tentatives de réglementation. Une bataille pour la suprématie de l’IA se déroule sans véritable contrôle : elle attise la haine en ligne et permet la mise en place des systèmes de surveillance les plus intrusifs de l’histoire de l’humanité, tandis que les États assouplissent la régulation par crainte de perdre leur avantage économique et stratégique. Les entreprises technologiques s’intègrent de plus en plus dans les forces militaires, mettant leur code et leurs données au service de la mort et de la destruction automatisées.
La ruée mondiale vers les matières premières nécessaires pour alimenter les nouvelles technologies redessine les alignements géopolitiques, alimente les conflits et favorise les relations extractives qui profitent aux États puissants au détriment des communautés des pays riches en ressources du Sud global.
Alors que les économies échouent à répondre aux besoins de milliards de personnes, les élites économiques et politiques amassent des richesses inimaginables et profitent de la corruption. L’industrie des combustibles fossiles retarde délibérément l’action climatique, car chaque jour de retard signifie plus de profits, au prix d’une souffrance humaine croissante. Les États et les entreprises s’en prennent à ceux qui défendent l’environnement et qui exigent une action climatique urgente. Le recul démocratique alimente et accélère ces tendances. Les dirigeants autoritaires démantèlent les garde-fous démocratiques, la loi martiale se consolide, les partis au pouvoir truquent les élections pour se maintenir, et les forces populistes s’attaquent aux droits.
Les crises interdépendantes actuelles touchent le plus durement celles et ceux qui ont déjà le moins accès aux droits. Les femmes, les personnes LGBTQI+, les personnes migrantes et réfugiées, ainsi que la société civile qui les soutient, sont les plus durement touchés par cette attaque, alors que les restrictions de l’espace civique se renforcent et que le financement qui les soutient s’effondre. Le retrait de ce soutien démantèle l’architecture humanitaire : il ne s’agit pas d’une perturbation temporaire mais d’une reconfiguration durable.
Mais ce n’est pas tout. Ce qui ressort des événements récents, c’est que de nombreuses personnes choisissent le courage plutôt que la soumission. Elles regardent les puissants en face et refusent de se taire. Partout où les forces régressives et anti-droits tentent d’intimider les populations pour les soumettre, la résistance s’organise pour leur faire face.
La résistance mondiale est diverse et façonnée par des dynamiques locales, mais dans des contextes très différents, les manifestations de rue en sont la forme la plus visible. Beaucoup de celles et ceux qui descendent dans la rue n’ont aucun passé militant : ces personnes se sentent simplement obligées de s’exprimer face à des injustices trop importantes pour être ignorées. Elles refusent de rester silencieuses face au génocide perpétré par Israël à Gaza ou de rester les bras croisés alors que les agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) brutalisent leurs voisins. La réponse extraordinaire à l’autoritarisme de Donald Trump a fait des manifestations « No Kings » l’une des plus grandes mobilisations de masse de l’histoire des États-Unis.

Des manifestants réclament l’intervention de leur gouvernement pour mettre fin au génocide à Gaza, à Amsterdam, aux Pays-Bas, le 5 octobre 2025. Photo de Koen van Weel/ANP/AFP
Les gens passent à l’action même s’ils savent que cela peut être dangereux. Lorsque des manifestations ont éclaté en Iran en décembre, les habitants sont retournés dans la rue en sachant pertinemment que l’État réagirait avec une violence extrême.
Dans tous les pays, les jeunes de la génération Z se mobilisent pour la première fois. La frustration accumulée face aux échecs économiques et politiques s’exprime à travers des manifestations de masse à des moments critiques : pénuries chroniques d’électricité et d’eau à Madagascar, interdiction des réseaux sociaux au Népal, projets de contrôle des inondations sapés par la corruption aux Philippines. Dans certains cas, les mouvements menés par la génération Z ont contraint des gouvernements déconnectés de la réalité à se retirer. Au Bangladesh, un soulèvement mené par la génération Z a renversé un gouvernement autoritaire bien établi en 2024. Le pays a alors organisé en février 2026 ses premières élections crédibles depuis près de vingt ans. Même là où aucun changement immédiat n’est intervenu, quelque chose d’essentiel a pris racine. Une nouvelle génération apprend les uns des autres, établit des liens au-delà des frontières et développe les compétences de leadership nécessaires pour soutenir un engagement militant à long terme.
Au-delà des manifestations, la résistance prend la forme d’un travail au niveau communautaire. Dans les zones de conflit, les initiatives locales fournissent une aide humanitaire et un soutien psychologique essentiels, et documentent les violations. Dans les villes américaines, des voisins ont mis en place des systèmes d’alerte précoce et ont physiquement bloqué les opérations de l’ICE, au risque d’être arrêtés et de subir des violences. Les femmes afghanes continuent de faire fonctionner des écoles clandestines malgré un régime qui a criminalisé l’éducation des filles. Des organisations humanitaires en Europe refusent de cesser d’aider les migrants en détresse en mer, même s’ils sont criminalisés pour cela. Ce sont des actes d’empathie, de solidarité et de courage.

Un manifestant anti-ICE interpelle un véhicule blindé de la police à Minneapolis, aux États-Unis, le 17 janvier 2026. Photo de Roberto Schmidt/AFP
La résistance s’inscrit également dans le long terme. Des années de recherches minutieuses, de documentation et de constitution de dossiers contre l’industrie des combustibles fossiles ont contribué à obtenir une décision historique de la Cour internationale de justice établissant que les États ont l’obligation légale de protéger les populations contre les dommages climatiques. C’est une victoire qui avait commencé avec la campagne menée par un groupe déterminé d’étudiants des îles du Pacifique. Aux Philippines, des groupes de femmes ont documenté des milliers de violations des droits humains commises par l’ancien président Rodrigo Duterte. Il est aujourd’hui détenu par la CPI.
Les campagnes persistantes de la société civile ont contribué à obtenir la libération de militants emprisonnés pour avoir exercé pacifiquement leurs droits dans des pays tels que l’Angola, l’Arabie saoudite, le Cameroun, l’Indonésie, la Russie, et le Venezuela. La pression de la société civile a contraint l’Afrique du Sud à déclarer la violence sexiste et le féminicide comme une catastrophe nationale. Elle a aussi contribué à la régularisation en Espagne d’un demi-million de migrants sans papiers et à l’octroi du droit de travailler à environ 80 000 réfugiés du Myanmar en Thaïlande.

Des gens écrivent des messages adressés aux prisonniers politiques sur une banderole lors d’un événement de solidarité organisé à l’Université centrale du Venezuela à Caracas, le 31 janvier 2026. Photo de Pedro Mattey/AFP
La résistance se mobilise pour empêcher les oligarques de la technologie de dicter l’avenir. Des campagnes visant à établir des garanties en matière de droits humains pour l’IA aux coalitions exigeant des restrictions sur l’utilisation militaire de la technologie, la société civile insiste pour que les technologies transformatrices servent les personnes et non le pouvoir. Dans le même temps, la société civile utilise la technologie à des fins positives : des outils d’IA sont employés pour documenter les crimes de guerre en Ukraine et identifier les victimes de disparitions forcées au Mexique.
Il y a aussi les victoires invisibles. Les victoires défensives font rarement la une des journaux, mais elles n’en sont pas moins essentielles. Dans une période de recul des droits, tenir bon est déjà une victoire. L’action de la société civile a permis de bloquer un projet de loi anti-LGBTQI+ au Kenya, d’empêcher l’abrogation de l’interdiction des mutilations génitales féminines en Gambie et de bloquer des tentatives d’affaiblir les protections contre la violence à l’égard des femmes en Lettonie. La résistance agit pour empêcher que la situation ne s’aggrave.
Ceux qui exercent un pouvoir sans contrôle – des hommes comme Benjamin Netanyahu, Vladimir Poutine et Donald Trump – s’attendent à pouvoir commettre leurs abus en toute impunité, tout comme les oligarques et les agents politiques qui les entourent et les soutiennent. Ils n’agiraient pas ainsi s’ils n’étaient pas convaincus de leur impunité durable.
Plus que tout, ils veulent la soumission. Ils s’efforcent de créer les conditions propices à cette soumission, en encourageant les personnes à s’en prendre aux plus vulnérables plutôt qu’aux plus puissants. Ils veulent que les populations soient influencées par la désinformation et intimidées par les démonstrations d’impunité. Ils ont besoin que les personnes croient que les problèmes sont trop importants pour être résolus, que les puissants sont trop forts pour être combattus et que le prix à payer pour s’exprimer est trop élevé. Une population démotivée et divisée est une population docile.

Des manifestants montent sur une barricade lors d’une manifestation contre la corruption et la décision du gouvernement de bloquer les réseaux sociaux à Katmandou, au Népal, le 8 septembre 2025. Photo de Navesh Chitrakar/Reuters via Gallo Images
Mais celles et ceux qui croient aux droits humains et à la justice sociale savent que le désespoir est une impasse. Rien ne change si personne ne croit que cela peut changer. Les autocrates et les oligarques le comprennent parfaitement, c’est pourquoi ils s’efforcent tant de créer un sentiment de désespoir. La résistance commence dès l’instant où les personnes choisissent d’espérer.
La résistance est lucide quant aux défis à relever, mais refuse le pessimisme. Le pessimisme sert les intérêts des autoritaires, des oligarques et de leurs alliés, qui affirment que le pouvoir économique et politique appartient à une petite élite et qu’un monde plus juste est à la fois indésirable et impossible. La résistance n’est pas d’accord. La société civile sait qu’un monde est possible où personne ne souffre de la faim, de la précarité ou de la violence, où les droits de chacun sont respectés et où les ressources planétaires sont utilisées à bon escient. Avec les manifestations menées par la génération Z, une nouvelle génération fait son entrée dans la vie civique et refuse de croire qu’elle est vouée à l’échec. La résistance maintient cette conviction en vie.
Bon nombre des mobilisations actuelles sont colorées, bruyantes et irrévérencieuses, offrant un rejet direct des politiciens et des magnats des affaires qui pensent pouvoir dicter aux personnes comment agir et quoi croire, et qui ne comprendront jamais le pouvoir d’une blague. Elles rassemblent les personnes au-delà des barrières destinées à les diviser, qu’il s’agisse de l’ethnicité, du genre, de la nationalité, de la sexualité ou de la classe sociale, et en tirent leur force. Elles sont motivées non seulement par des revendications économiques et politiques, mais aussi par la compassion : l’humanité est présente partout où celles et ceux qui jouissent d’un privilège relatif choisissent de l’utiliser pour aider les personnes qui ont le moins accès aux droits.
Les résultats sont réels. En Indonésie et au Timor-Leste, les manifestations menées par la génération Z ont contraint les parlementaires à renoncer à leurs tentatives d’octroi de nouveaux avantages à eux-mêmes. Le mariage pour tous est entré en vigueur au Liechtenstein et en Thaïlande, et l’amour entre personnes du même sexe ne constitue plus un délit pénal à Sainte-Lucie. Le Danemark et la Norvège ont élargi le droit à l’avortement. En Afrique du Sud, des actions en justice ont contraint des compagnies pétrolières à suspendre un projet de forage. Un tribunal grec a acquitté 24 travailleurs humanitaires dont le seul crime était d’avoir aidé des migrants en mer. La CPI a condamné deux chefs de milice de la République centrafricaine, en partie sur la base des témoignages recueillis par la société civile auprès des survivants.
Voilà ce qui se passe lorsque les personnes s’organisent, se mobilisent et s’expriment collectivement. Sans ces efforts et bien d’autres encore de la société civile, le monde serait un endroit bien plus sombre.
Les crises mondiales actuelles – climat, conflits, démocratie, inégalités économiques, dégradation de l’environnement, exclusion, gouvernance mondiale et droits humains – ainsi que les succès et les échecs des actes de résistance devraient nous inciter à réfléchir à la manière dont la société civile fonctionne, à la façon dont le changement se produit et aux priorités qu’elle doit se fixer.
La crise actuelle du financement de la société civile rend la situation encore plus urgente. Alors que le soutien de l’État et des organisations philanthropiques s’effondre et que l’espace civique est de plus en plus restreint, il peut sembler compréhensible que les organisations privilégient des positions plus discrètes et plus sûres. Certaines ont commencé à supprimer toute référence aux droits humains de leurs communications publiques, anticipant des réactions négatives et des coupes budgétaires. Il s’agit là d’une stratégie contre-productive. Cela revient à céder du terrain sans lutter et érode la confiance des communautés qui ont le plus besoin du soutien de la société civile. La société civile doit veiller à ne pas laisser les bailleurs de fonds ou les États dicter ses actions. Elle doit conserver son autonomie et continuer à défendre les droits humains et la justice sociale, car de nombreux États, entreprises et organisations internationales ont montré qu’il ne fallait pas compter sur eux pour le faire.
La société civile doit également se prémunir contre les dangers de l’autopromotion de dirigeants charismatiques et de responsables des plus grandes organisations. La tentation de rechercher la viralité sur les réseaux sociaux ne doit pas se faire au détriment des valeurs fondamentales de la société civile que sont l’action collective et la mise en avant des voix exclues ou marginalisées.
La société civile établie a des leçons à tirer des mouvements plus récents, notamment ceux menés par la génération Z. Ces mouvements accomplissent beaucoup avec peu de moyens, en innovant grâce à un leadership collectif, à une prise de décision décentralisée et démocratique, à une utilisation intelligente des réseaux sociaux et à des communications créatives qui trouvent un véritable écho auprès du public. La société civile des pays du Nord peut s’inspirer des stratégies d’adaptation et de résilience développées dans de nombreux pays du Sud, où l’espace civique est restreint depuis plus longtemps. Elle doit créer de nouvelles connexions afin de permettre un apprentissage mutuel et de remettre en question les hiérarchies perçues du savoir.
La société civile doit également affronter le fait que les problèmes actuels sont interconnectés, alors que ses structures ne le sont souvent pas. La technologie qui alimente les algorithmes d’expulsion des personnes est la même que celle qui permet la surveillance de masse des militants et des manifestants. Les coupes budgétaires qui affaiblissent les organisations de soutien aux personnes migrantes fragilisent également les groupes de défense des droits des femmes. Traiter ces questions comme des crises séparées, abordées par des organisations différentes dans des salles distinctes, favorise ceux dont le pouvoir dépend du fait que les populations ne voient pas la situation dans son ensemble.
Les groupes établis de la société civile devraient également repenser leurs partenariats et leurs méthodes de travail. Le moment est peut-être venu d’accorder moins d’importance aux engagements de haut niveau visant à obtenir des changements progressifs, et davantage à la recherche de meilleurs moyens de se rapprocher des communautés les plus touchées par les crises. Des décennies de développement de normes internationales n’ont pas empêché les États et les entreprises de poursuivre sans scrupule leurs intérêts égoïstes. Les années passées à construire leur profil sur la scène internationale n’ont pas empêché les groupes de la société civile d’être privés de leurs financements et de subir des restrictions croissantes de l’espace civique. Lorsque les groupes de la société civile n’établissent pas de liens avec la population, ne prouvent pas la valeur de leur travail et ne construisent pas la confiance, ils ne peuvent compter sur aucun soutien lorsqu’ils sont attaqués. Dans certains pays, cette déconnexion permet de restreindre l’espace civique.
Dans un contexte de répression croissante, celles et ceux qui mènent la résistance doivent également veiller les uns sur les autres. Les mouvements qui consument leurs membres ne sont pas durables. Soutenir la résistance signifie soutenir les personnes en première ligne.
Celles et ceux qui cherchent à s’engager et à soutenir la société civile à un moment où les financements s’effondrent doivent également réfléchir. De nombreuses avancées récentes obtenues par la société civile résultent de combinaisons de tactiques potentiellement reproductibles. Le succès est souvent au rendez-vous lorsque différents groupes, y compris des alliés improbables, unissent leurs forces et combinent leurs tactiques pour atteindre un objectif commun. Les bailleurs de fonds doivent faire des choix stratégiques sur ce qu’ils soutiennent et à quel moment. Un mouvement de protestation, par exemple, peut avoir besoin de peu de ressources et peut se financer par le biais du crowdfunding (campagnes participatives), tandis que des actions comme les procédures judiciaires, la collecte de preuves d’atrocités et le soutien juridique aux militants détenus peuvent être coûteuses ou exiger une expertise, même si elles font rarement la une des journaux comme les manifestations.
La Semaine internationale de la société civile 2025, qui a réuni à Bangkok un millier de militants du monde entier, a donné un aperçu de ce que peut être la société civile. Ce rassemblement était animé par l’esprit de courage et de solidarité que requiert le moment présent. Il a donné lieu à de puissants témoignages de résistance, au partage d’expériences durement acquises au-delà des frontières et des générations, et au renouvellement de l’engagement collectif à défendre l’espace civique et à exiger la justice sociale.
La société civile doit perpétuer cet esprit en plaçant la résistance au cœur de toutes ses actions. Cela signifie qu’il faut relier les manifestations de rue colorées et bruyantes et les actes audacieux de défense de la communauté au travail plus discret de plaidoyer, de documentation et de recours judiciaires. Les manifestations sont la face la plus visible de la société civile, mais la résistance prend d’innombrables formes. Par exemple, rejoindre un groupe communautaire qui protège les personnes migrantes et réfugiées, contribuer à une action judiciaire financée collectivement ou manifester sa solidarité avec des militants emprisonnés. Toutes ces actions comptent et elles deviennent plus puissantes à mesure que davantage de personnes y ajoutent leur voix. Quels que soient les progrès que l’avenir nous réserve, ils viendront de personnes qui s’unissent pour refuser d’accepter l’inacceptable.