Table des matières
- RAPPORT SUR L’ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ CIVILE 2026
- PANORAMA: RÉSISTANCE À CONTRE-COURANT +
- DÉMOCRATIE: UNE ASPIRATION DURABLE +
- TECHNOLOGIE: INNOVATION SANS RESPONSABILITÉ +
- GOUVERNANCE MONDIALE: LA POLITIQUE DE PUISSANCE MET À L’ÉPREUVE LES RÈGLES +
- CONFLIT: L’IMPUNITÉ SANS LIMITES +
- CLIMAT ENTRE EFFONDREMENT ET PERCÉE +
- MIGRATION: LA CRUAUTÉ COMME POLITIQUE +
- LUTTES DE GENRE: RECUL ET RÉSISTANCE +
- LA GÉNÉRATION Z: UNE NOUVELLE RÉSISTANCE SE LÈVE +
- REMERCIEMENTS +
- Télécharger le rapport +
- La démocratie recule à un rythme accéléré dans le monde. Les juntes militaires consolident leur pouvoir à mesure que les délais de transition expirent, tandis que des régimes autoritaires organisent des élections sans réelle concurrence. Plusieurs démocraties fragilisées ont déjà franchi un seuil critique vers l’autoritarisme. Dans les démocraties établies, les partis populistes de droite continuent de progresser dans le cadre d’élections compétitives.
- Les mécanismes de défense de la démocratie se sont nettement affaiblis. Les réactions internationales face aux coups d’État, aux accaparements de pouvoir et aux élections frauduleuses se font de plus en plus permissives. Les États-Unis ont démantelé l’architecture d’aide étrangère qui contribuait à soutenir la démocratie. Les mesures visant à restreindre l’espace civique, telles que les lois sur les agents étrangers, les restrictions au droit de manifester et la répression transnationale, continuent de se multiplier.
- Malgré une répression systématique et des ressources en baisse, la société civile reste en première ligne de résistance. Elle surveille les élections, documente les abus et défend l’intégrité des processus électoraux face aux ingérences. Les mobilisations menées par la génération Z et d’autres mouvements sociaux continuent de se faire entendre dans la rue, montrant que la démocratie demeure une aspiration même lorsqu’elle recule dans la pratique.
Le recul démocratique s’accentue. Les juntes militaires qui ont pris le pouvoir dans la région du Sahel en Afrique laissent expirer tous les délais prévus pour la transition démocratique, consolidant ainsi leur pouvoir répressif. Les régimes autoritaires organisent des élections sans véritable concurrence. Les démocraties imparfaites et les régimes hybrides se dégradent davantage, et même les démocraties de longue date voient la qualité de leurs institutions s’éroder.
Cette crise de la démocratie détermine les conditions dans lesquelles se déroulent les multiples crises actuelles. Lorsque le pouvoir exécutif se concentre et échappe au contrôle des citoyens et des institutions, les accords qui privilégient les intérêts stratégiques au détriment des droits humains ne sont plus remis en cause et les engagements climatiques restent lettre morte. Lorsque le pouvoir judiciaire est capturé, les stratégies contentieuses susceptibles d’aboutir à des décisions majeures en matière de droits humains se trouvent entravées. Et lorsque l’espace civique se referme, les militants pour le climat, les organisations de défense des droits des migrants et les personnes défenseuses des droits des femmes voient leur marge d’action se réduire, tandis que les groupes marginalisés deviennent les premières cibles de la répression étatique.
En 2025, l’épicentre du recul démocratique s’est nettement déplacé. Pendant des décennies, l’Union européenne (UE) et les États-Unis ont promu les normes démocratiques et soutenu la société civile ainsi que les initiatives en faveur de la démocratie dans le monde. Aujourd’hui, tous deux se replient sur eux-mêmes, certains États devenant même ouvertement hostiles aux principes qu’ils défendaient autrefois.
Aux États-Unis, le second mandat de Trump s’accompagne d’une offensive systématique contre les mécanismes constitutionnels de freins et contrepoids, concentrant le pouvoir exécutif au détriment du Congrès, des tribunaux et de la société civile. Cette dynamique ne s’arrête pas aux frontières. Le mépris pour les décisions de justice, la répression militarisée de l’immigration et le recul des protections en matière de climat et d’égalité de genre se prolongent sur la scène internationale. Ils se traduisent par une offensive unilatérale contre l’ordre international : retrait de nombreuses organisations et processus internationaux, suspension du financement des Nations unies (ONU), démantèlement de l’Agence des États-Unis pour le développement international, création d’organismes internationaux parallèles et lancement d’opérations militaires illégales. Le schéma est constant : une volonté exécutive exercée sans contrôle des législateurs ou des tribunaux, dans l’impunité, tant à l’échelle nationale qu’internationale.
L’Europe connaît un recul démocratique aux niveaux national et régional. Après leurs avancées lors des élections au Parlement européen de juin 2024, les partis d’extrême droite remodèlent désormais la politique régionale. Ils affaiblissent les protections accordées aux demandeurs d’asile et aux réfugiés et diluent le Green Deal européen, le programme climatique de l’UE. Sous la pression de l’extrême droite, les partis traditionnels de plusieurs États membres adoptent de plus en plus des positions autrefois considérées comme extrêmes. La Hongrie illustre jusqu’où peut mener cette évolution. Grâce à sa mainmise sur l’appareil d’Etat, le parti au pouvoir, le Fidesz, est désormais en mesure de bloquer l’action de l’UE à l’égard de la Russie, d’affaiblir les mécanismes qui conditionnent l’accès au financement européen au respect des normes démocratiques et de protéger d’autres gouvernements répressifs de toute obligation de rendre des comptes. Sur le plan interne, il fait adopter des lois impensables dans une démocratie fonctionnelle, notamment une loi de 2025 interdisant les événements Pride et pénalisant le soutien public aux personnes LGBTQI+. La Hongrie sape ainsi la crédibilité démocratique de l’UE et offre un modèle aux forces antidémocratiques ailleurs en Europe.
Pourtant, cette crise de la démocratie n’est pas une crise des aspirations démocratiques. En 2025, les citoyens sont descendus dans la rue dans des dizaines de pays, y compris aux États-Unis, pour dénoncer l’arbitraire du pouvoir, la corruption et les abus de l’exécutif. Une nouvelle génération s’est imposée comme une force politique d’envergure mondiale : dans plusieurs pays, des soulèvements menés par la génération Z ont ébranlé les gouvernements et conduit à des avancées politiques notables. Au Bangladesh, le soulèvement conduit par la génération Z en 2024 a rétabli la démocratie, ouvrant la voie aux premières élections nationales crédibles depuis près de deux décennies, tenues en février 2026. Au Népal, les manifestations ont renversé le gouvernement et entraîné la tenue de nouvelles élections.
Ces mouvements de protestation ne sont pas partisans, mais ils sont profondément politiques. Souvent déclenchés par un malaise économique, ils s’intensifient rapidement pour exiger ce que les régimes non démocratiques refusent : la redevabilité, la transparence et des institutions au service du public. La démocratie recule, mais sa promesse continue de mobiliser des millions de personnes.
Certaines des menaces les plus graves pour la démocratie proviennent de dirigeants élus démocratiquement qui utilisent le pouvoir confié par les électeurs pour démanteler les freins et contrepoids ainsi que les libertés civiques, pourtant aussi essentiels à la démocratie que les élections elles-mêmes.
Les États-Unis sous l’administration Trump représentent aujourd’hui le cas le plus marquant de recul démocratique. Le gouvernement défie les décisions de justice et traite la Constitution comme un obstacle à contourner plutôt qu’une règle à respecter. Il refuse de reconnaître la légitimité de ses opposants et de ses critiques, préférant les criminaliser, les diffamer et encourager la violence à leur encontre. Les libertés civiques sont restreintes, le droit de manifester limité, les médias pris pour cible et l’espace civique réduit. L’administration a également rompu avec les normes non écrites sur lesquelles reposent les systèmes démocratiques : la retenue mutuelle entre adversaires politiques et la volonté partagée d’exercer le pouvoir dans certaines limites. Lorsque ces normes disparaissent, l’avantage du pouvoir en place tend à se renforcer. Un dirigeant prêt à démanteler les règles du jeu pendant son mandat peut s’en servir pour consolider sa domination avant les prochaines élections.
Si de nombreuses institutions puissantes n’ont pas su organiser une résistance collective, la société civile, elle, réagit. La mobilisation est extraordinaire : plus de sept millions de personnes sont descendues dans la rue lors de ce qui pourrait être la plus grande manifestation de l’histoire des États-Unis.

Une femme brandit une pancarte portant l’inscription « L’indifférence ouvre la porte au mal » lors d’un rassemblement contre l’extrémisme politique avant les élections législatives à Prague, en République tchèque, le 28 septembre 2025. Photo d’Eva Korinkova/Reuters via Gallo Images
Dans toute l’Europe, les partis d’extrême droite et nationalistes ont enregistré des gains électoraux significatifs, contribuant à normaliser des positions qui, jusqu’à récemment, étaient considérées comme extrêmes. En Pologne, le nationaliste de droite Karol Nawrocki a battu de justesse le candidat pro-UE au second tour de l’élection présidentielle. En République tchèque, le milliardaire populiste de droite Andrej Babiš est revenu au pouvoir malgré de nombreuses accusations de corruption. La Roumanie a traversé une crise prolongée : après l’annulation controversée de l’élection présidentielle de 2024 en raison d’une ingérence russe avérée, le nouveau scrutin de 2025 a vu le nationaliste d’extrême droite George Simion arriver en tête au premier tour avant de perdre le second face au centriste Nicușor Dan, un résultat qu’il a dénoncé comme un coup d’État.
En Allemagne, les élections ont vu le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) doubler son score et devenir la deuxième force politique du pays, défendant une vision nativiste de l’identité nationale assortie d’une politique d’expulsions massives. L’AfD reste exclue du gouvernement, mais a redéfini les contours de ce qui est désormais considéré comme le courant politique dominant. Au Portugal, le parti d’extrême droite Chega a remporté 60 sièges et est devenu la principale force d’opposition, capitalisant sur les scandales de corruption et la crise chronique du logement qui ont nourri le sentiment anti-establishment. En Norvège, malgré le maintien au pouvoir du gouvernement de centre-gauche lors des élections législatives, le Parti du progrès, populiste de droite, a obtenu son meilleur résultat historique grâce à un programme anti-immigration.
Au-delà des urnes, les forces d’extrême droite s’affirment également dans les rues. Plus de 100 000 personnes ont participé à un rassemblement d’extrême droite à Londres en septembre, au cours duquel plusieurs figures extrémistes – dont Elon Musk par liaison vidéo – ont pris la parole, donnant lieu à de violents affrontements avec la police. Le même mois, des manifestations d’extrême droite contre l’immigration ont eu lieu au Danemark, en France, en Allemagne, en Grèce, en Italie, en Pologne et en Suède.
Au Japon, le parti populiste de droite Sanseitō a enregistré des gains significatifs à la chambre haute grâce à un programme ouvertement xénophobe, combinant opposition à l’immigration et hostilité envers les droits des personnes LGBTQI+ et des femmes. En Argentine, les élections législatives ont renforcé l’emprise du président Javier Milei sur le pouvoir, consolidant un projet libertarien de droite qui a démantelé les infrastructures féministes, vidé les services publics de leur substance et concentré le pouvoir exécutif, avec le soutien explicite de Trump. Au Chili, le candidat d’extrême droite José Antonio Kast a remporté le second tour de l’élection présidentielle, devenant le président le plus à droite du pays depuis la dictature de Pinochet.

Manifestation contre le programme électoral du parti Sanseitō en matière d’immigration, à la suite des élections à la Chambre des conseillers à Tokyo, au Japon, le 21 juillet 2025. Photo de Kim Kyung-Hoon/Reuters via Gallo Images
On observe un schéma récurrent : les forces régressives exploitent des inquiétudes légitimes – corruption, hausse du coût de la vie, inégalités économiques, exclusion politique – pour les retourner contre les migrants, les femmes et les personnes LGBTQI+, en recourant à la désinformation pour accentuer la polarisation et éroder la confiance dans les institutions.
Dans plusieurs pays, un nombre important de jeunes, en particulier de jeunes hommes, se sont tournés vers l’extrême droite. C’est l’autre versant des mobilisations menées par la génération Z en faveur de revendications démocratiques. Il s’agit d’une génération politiquement engagée et impatiente de changement, qui rejette la politique conventionnelle sans pour autant être uniformément progressiste. L’engagement des jeunes en politique ne suffira pas, à lui seul, à garantir un renouveau démocratique.
Les forces d’extrême droite progressent par des moyens démocratiques, dans le cadre d’élections libres et concurrentielles. La question n’est donc pas seulement de savoir comment la démocratie peut se défendre contre ces forces, mais aussi comment elle peut répondre aux motivations des électeurs qui les soutiennent.
Dans les régimes hybrides, des élections continuent d’avoir lieu et peuvent encore peser politiquement, mais les règles du jeu sont faussées, si bien qu’elles ne constituent plus un véritable contre-pouvoir. Le pouvoir judiciaire est compromis, le paysage médiatique biaisé et les forces d’opposition structurellement désavantagées. En 2025, plusieurs pays situés dans cette zone intermédiaire ambiguë se sont encore éloignés de la démocratie : leurs dirigeants et partis au pouvoir ont utilisé des mécanismes juridiques tels que des amendements constitutionnels, des poursuites pénales ou des nominations judiciaires pour affaiblir les contrôles institutionnels, écarter leurs opposants et consolider leur emprise sur le pouvoir. Ces mesures ont été systématiquement présentées comme des réformes démocratiques, technocratiques ou anticorruption.
En mars 2025, le gouvernement turc a arrêté Ekrem İmamoğlu, maire élu d’Istanbul, vainqueur des primaires de l’opposition et seul responsable politique devançant le président Recep Tayyip Erdoğan dans les sondages pour l’élection présidentielle de 2028. Les accusations de corruption et de terrorisme ont été accompagnées de l’annulation de son diplôme universitaire, dans le but de l’empêcher de se présenter.
En Géorgie, dans un contexte de manifestations pro-démocratie, le gouvernement du parti populiste de droite Rêve géorgien a gelé les comptes bancaires des principales organisations de la société civile et emprisonné sept dirigeants de l’opposition, les accusant de financer des actes de violence collective et de sabotage. Cette répression fait suite à une résolution du Parlement européen adoptée en février 2025, qui a déclaré le parlement géorgien illégitime en raison des manœuvres observées lors des élections de 2024, notamment la confiscation des cartes d’identité d’électeurs et des pratiques électorales frauduleuses. Accentuant son isolement, le gouvernement a organisé des élections municipales en octobre sans observation européenne.
Au Salvador, le Congrès a supprimé la limite des mandats présidentiels, permettant au président Nayib Bukele de rester au pouvoir indéfiniment. Avec plus de 80 000 personnes détenues dans le cadre d’un état d’urgence prolongé, une loi sur les agents étrangers visant la société civile et les médias indépendants, ainsi qu’un accord avec l’administration Trump pour héberger des déportés américains dans la méga-prison salvadorienne, Bukele a montré que l’autoritarisme peut bénéficier d’un réel soutien populaire.
Au Mexique, le gouvernement a organisé la première élection populaire au monde portant sur l’ensemble du pouvoir judiciaire fédéral, présentée comme une démocratisation de la justice. Le taux de participation n’a toutefois atteint que le 13 %, et les observateurs ont relevé de nombreuses irrégularités, plusieurs candidats élus ayant des liens avérés avec le crime organisé. Ces changements ressemblent plutôt à une mainmise judiciaire déguisée en innovation démocratique, un modèle qui pourrait dangereusement inspirer d’autres pays.
En Tunisie, berceau du Printemps arabe et ancien modèle de réussite démocratique, le déclin s’est poursuivi sous la présidence de Kais Saied. Depuis sa victoire lors des dernières élections réellement compétitives en 2019, Saied a méthodiquement démantelé la démocratie : il a réécrit la constitution pour s’accorder des pouvoirs quasi absolus et orchestré les élections afin d’éliminer toute concurrence significative. En 2025, un tribunal a condamné 21 figures de l’opposition pour des accusations floues de terrorisme, prononçant des peines d’une durée choquante à l’issue d’un procès qualifié d’injustice grave par les observateurs. Quatorze groupes de la société civile ont été frappés de gel d’avoirs et de suspensions. L’UE, liée à Saied par un accord sur le contrôle des migrations, reste largement silencieuse.
Une série d’élections récentes a produit des résultats décidés bien avant le début du scrutin. Les dirigeants autoritaires ont interdit, emprisonné ou contraint à l’exil les dirigeants de l’opposition susceptibles de menacer leur pouvoir. Les partis au pouvoir ont contrôlé les organes électoraux et les tribunaux. Les chiffres de participation étaient souvent invraisemblables, le dépouillement jamais indépendant et les résultats fréquemment falsifiés. De nombreuses élections ont été suivies de manifestations, généralement réprimées avec violence. La communauté internationale s’est peu exprimée, envoyant le signal aux dirigeants autoritaires que des scrutins manipulés peuvent encore fournir un vernis de légitimité.

Des manifestants brandissent une pancarte portant l’inscription « Nous ne voulons plus la dictature » lors d’une manifestation contre la fraude électorale à Douala, au Cameroun, le 26 octobre 2025. Photo de Zohra Bensemra
En Afrique, quatre élections ont suivi ce schéma à un rythme soutenu. Au Cameroun, la machine électorale a assuré un septième mandat à Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Le gouvernement a placé ses partisans dans les instances clés, empêché le principal candidat de l’opposition de se présenter et réprimé violemment les manifestations postélectorales. En Côte d’Ivoire, le président Alassane Ouattara a remporté un quatrième mandat constitutionnellement contestable, après que les autorités eurent disqualifié les principaux candidats de l’opposition et interdit les manifestations. En Tanzanie, la présidente Samia Suluhu Hassan s’est assurée sa réélection dans un processus dépourvu de toute concurrence significative : le principal parti d’opposition a été interdit, son leader arrêté pour trahison et un autre candidat déclaré inéligible. Les observateurs de l’Union africaine ont documenté des cas de bourrage d’urnes, de restrictions d’accès à Internet et d’enlèvements politiques. L’Ouganda a ouvert l’année 2026 par une élection confirmant le septième mandat présidentiel de Yoweri Museveni, accompagnée d’une coupure nationale d’Internet et de l’enlèvement de figures de l’opposition.

Lors d’un rassemblement contre la mascarade électorale à Varsovie, en Pologne, le 26 janvier 2025, un membre de la diaspora biélorusse brandit une pancarte à l’effigie du président Alexandre Loukachenko. Photo de Sergei Gapon/AFP via Getty Images
Biya, âgé de 92 ans, ainsi que Museveni et Ouattara, tous deux octogénaires, gouvernent certaines des populations les plus jeunes du monde. De tels écarts générationnels pourraient déclencher de nouvelles manifestations menées par la génération Z.
La Biélorussie, sous le contrôle du président Alexandre Loukachenko depuis 1994, a organisé une élection présidentielle dans des conditions rendant le résultat prévisible. Tous ceux qui auraient pu constituer une menace crédible sont en prison ou en exil, et le niveau de répression a empêché toute manifestation et presque toute opposition.
Au Moyen-Orient, une dynamique similaire a été observée en Irak, où des élections législatives se sont déroulées dans un contexte de restrictions sévères de l’espace civique, transformant le scrutin en simple exercice de répartition du pouvoir entre élites plutôt qu’en compétition réelle.
Depuis 2020, l’Afrique a connu 11 coups d’État réussis dans neuf pays, principalement regroupés dans une « ceinture des coups d’État » à travers la région du Sahel. Les prises de pouvoir militaires sont généralement présentées comme étant nécessaires pour lutter contre l’insurrection djihadiste, éradiquer la corruption et résoudre les impasses politiques. En 2025, deux autres pays sont passés sous contrôle militaire par des voies très différentes.
À Madagascar, l’unité de l’armée qui avait porté le président Andry Rajoelina au pouvoir en 2009 l’a contraint à démissionner dans un contexte de manifestations généralisées menées par la génération Z et déclenchées par des pénuries d’eau et d’électricité. En Guinée-Bissau, un coup d’État a perturbé le processus électoral la veille de l’annonce des résultats, une manœuvre que la société civile et les observateurs internationaux ont condamnée comme étant orchestrée par le président Umaro Sissoco Embaló pour éviter une défaite électorale. Le Bénin a survécu à une tentative de coup d’État en décembre.
Ailleurs, les juntes ont consolidé leur pouvoir. Au Mali, cinq ans après la prise de pouvoir du général Assimi Goïta, la junte a dissous tous les partis politiques, imposé des amendes punitives aux médias indépendants, utilisé les lois sur la cybercriminalité contre les détracteurs et prolongé le mandat de Goïta jusqu’en 2030. Au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, au pouvoir depuis 2022, a reporté les élections à 2029, dissous la commission électorale indépendante et supervisé des détentions arbitraires, des disparitions forcées et la conscription militaire forcée d’activistes et de journalistes. Sa dernière mesure, en février 2026, a été de dissoudre tous les partis politiques. La situation sécuritaire que les deux juntes ont invoquée pour justifier leur prise de pouvoir a continué de se détériorer.
Alors que certaines juntes ont simplement refusé de partir, d’autres ont consolidé leur pouvoir par la voie des urnes. Au Tchad, Mahamat Idriss Déby, qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’État après l’assassinat de son père par des rebelles en 2021, a remporté comme prévu l’élection présidentielle de 2024 à l’issue d’une campagne entachée par des violences, notamment l’assassinat d’un leader de l’opposition. En 2025, il a renforcé son contrôle, le parlement ayant aboli la limitation du nombre de mandats présidentiels et prolongé la durée de ceux-ci de cinq à sept ans, ce qui lui permettrait potentiellement de gouverner à vie.
Au Gabon, le général Brice Oligui Nguema, qui a renversé le dictateur Ali Bongo en août 2023, a remporté l’élection présidentielle, affirmant avoir obtenu plus de 90 % des voix. Les élections législatives qui ont suivi ont encore concentré le pouvoir entre ses mains. En Guinée, l’armée a organisé une élection présidentielle dont les principales figures de l’opposition ont été exclues, exilées ou emprisonnées, permettant au chef du coup d’État Mamady Doumbouya de passer de chef de la junte à président élu. Le scrutin a eu lieu après des reports répétés et des manifestations réprimées, et a fait suite à un référendum constitutionnel qui a supprimé les restrictions imposées aux membres de la junte se présentant aux élections et prolongé la durée du mandat présidentiel.

Des partisans brandissent des pancartes électorales à Conakry, en Guinée, le 3 novembre 2025, alors que le chef militaire Mamadi Doumbouya présente sa candidature à l’élection présidentielle de décembre. Photo de Luc Gnago/Reuters via Gallo Images
Les mécanismes utilisés étaient cohérents. Les États se sont retirés de la responsabilité internationale : le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et la Cour pénale internationale, formant leur propre Alliance des États du Sahel. Les juntes ont systématiquement réprimé l’espace civique par des tactiques telles que les détentions arbitraires et les disparitions forcées. Les dirigeants ont tiré profit de campagnes de propagande, comme en témoignent les opérations menées par le Burkina Faso sur les réseaux sociaux pour promouvoir Traoré comme un leader panafricain visionnaire. Ces initiatives ont été prises dans un contexte international de plus en plus permissif, notamment au sein d’une Union africaine incapable ou peu disposée à mettre en œuvre des mécanismes anti-coup d’État.
Une dynamique similaire s’est produite au Myanmar. Quatre ans après le coup d’État qui l’a portée au pouvoir, et bien qu’elle ne contrôle qu’un quart du territoire national et continue de mener une guerre contre les milices ethniques et les forces pro-démocratiques, la junte militaire a organisé des élections fictives afin de légitimer son règne. Le contexte international s’est avéré favorable à la junte, avec des livraisons d’armes et d’aide de la Chine, de l’Inde et de la Russie tout en la protégeant de toute responsabilité, l’administration Trump revenant sur ses sanctions et réduisant le financement des médias indépendants, et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est persistant dans une approche diplomatique qui a manifestement échoué.
Dans toutes les régions et sous tous les régimes, les États ont de plus en plus recours à la loi comme outil de répression, exploitant son apparence de légitimité pour réprimer les organisations de la société civile qui leur demandent des comptes. La loi sur les agents étrangers est un instrument particulièrement efficace. Ces lois obligent les organisations de la société civile et les médias qui reçoivent des financements internationaux à s’enregistrer en tant qu’agents étrangers, une étiquette qui véhicule des connotations délibérément négatives d’espionnage et de déloyauté. Présentées comme des mesures de transparence, elles fonctionnent en réalité comme des outils de contrôle politique.
En 2025, des lois sur les agents étrangers ont été adoptées au Salvador, en Slovaquie et en Republika Srpska en Bosnie-Herzégovine, tandis que des propositions ont été avancées en Hongrie et en Serbie. Les lois récentes partagent des éléments communs, tels que l’enregistrement obligatoire, les étiquettes stigmatisantes, les amendes lourdes et les restrictions en matière de défense des droits. La loi adoptée en Republika Srpska, suspendue par la suite par la Cour constitutionnelle, interdisait explicitement aux groupes financés par des fonds étrangers d’« influencer l’opinion publique ». La version slovaque, adoptée après que des manifestations de rue et la pression de l’UE aient contraint à supprimer l’étiquette « agent étranger », a conservé des obligations de déclaration pesantes et un contrôle ministériel. La loi du Salvador est allée le plus loin, imposant une taxe punitive de 30 % sur toutes les subventions étrangères, ainsi que des obligations d’enregistrement et de larges restrictions sur les activités politiques.
En Hongrie, où le Fidesz craint de perdre les élections de 2026, le gouvernement a présenté un projet de loi visant à accorder au Bureau de protection de la souveraineté des pouvoirs exorbitants pour mettre sur liste noire, retirer le financement et dissoudre les organisations qui reçoivent des fonds étrangers. Le vote parlementaire sur ce projet de loi a été reporté à la suite de manifestations et de condamnations internationales. En Serbie, un projet de loi exigeant que les organisations qui reçoivent plus de la moitié de leur financement de sources étrangères s’enregistrent en tant qu’agents étrangers a été soumis au Parlement fin 2024, mais attend d’être voté. Le Parlement bulgare a rejeté pour la cinquième fois en 2025 une proposition similaire initiée par un parti pro-russe.
Au-delà des lois sur les agents étrangers, les gouvernements déploient un éventail plus large de mesures restrictives. Une législation sur les ONG a été adoptée ou avancée en 2025 dans des pays tels que l’Équateur, l’Éthiopie, le Pérou, la Zambie et le Zimbabwe, suivant un modèle commun d’enregistrement obligatoire, de surveillance accrue des activités et du financement par le gouvernement et de pouvoirs de suspension ou de dissolution des organisations pour des raisons vagues de sécurité ou d’intérêt public. Les autorités ont également fait progresser des lois restreignant le droit de manifester, notamment au Royaume-Uni, où le projet de loi sur la criminalité et la police, actuellement examiné par le Parlement, accorde à la police de nouveaux pouvoirs exorbitants en matière de manifestations, notamment des dispositions sur les zones d’exclusion, le port du masque et les perturbations cumulatives causées par des manifestations répétées. Les groupes de défense des droits humains le décrivent comme l’une des pires atteintes au droit de manifester.
Ensemble, ces lois réduisent l’espace disponible pour ceux qui surveillent les élections, documentent les abus et exigent des comptes. La société civile appelle l’ONU à réagir en créant un poste de rapporteur spécial sur la démocratie, en faisant valoir que si l’ONU surveille certains droits spécifiques par le biais de mécanismes spécialisés, les libertés démocratiques ne font l’objet d’aucun contrôle international systématique.
Les États autoritaires poursuivent également leurs détracteurs au-delà des frontières, en enlevant, harcelant, tuant et espionnant les militants, les journalistes et les dissidents politiques qui ont cherché refuge en exil. Même si des dizaines d’États recourent à des tactiques de répression transnationales, dix d’entre eux sont responsables d’environ 80 % de tous les incidents physiques directs enregistrés. La Chine reste de loin le pays le plus prolifique en la matière, suivie par la Russie, la Turquie et l’Égypte.
Une enquête menée en 2025 a révélé une surveillance intensive par des agents chinois, des campagnes de dénigrement en ligne et le harcèlement de membres de la famille de dissidents vivant en Chine. En France, deux militants ouïghours ont déposé une nouvelle plainte auprès d’un tribunal parisien, alléguant que l’ambassade de Chine avait orchestré des attaques, une surveillance et des menaces à leur encontre lors d’une visite du président chinois Xi Jinping. Les militants démocrates de Hong Kong en exil sont particulièrement visés, avec au moins 19 d’entre eux faisant l’objet d’une prime et la police ciblant leurs familles restées au pays.
L’un des principaux outils de répression transnationale de la Russie est la condamnation par contumace, qui permet à l’État de condamner les détracteurs en exil et de les inscrire sur des listes de personnes recherchées, ce qui restreint leur liberté de mouvement. En 2026, les tribunaux de Moscou ont condamné la journaliste en exil de TV Rain, Yekaterina Kotrikadze, à huit ans de prison pour avoir publié des informations sur les crimes de guerre russes sur sa chaîne Telegram personnelle, et le restaurateur basé à Londres, Yevgeny Chichvarkin, à neuf ans pour avoir partagé une déclaration anti-guerre sur Instagram. Tous deux ont été reconnus coupables de diffusion de « fakes » de guerre et de violation de la loi russe sur les agents étrangers.
La répression transnationale de l’Égypte combine des tactiques administratives, numériques, juridiques et physiques. Les attaques numériques comprennent le phishing, les logiciels espions et les campagnes de dénigrement sur les réseaux sociaux, tandis que les agents de sécurité surveillent et harcèlent les militants dans les villes européennes et que les autorités arrêtent et harcèlent leurs proches dans leur pays d’origine. En 2025, les membres de la famille de manifestants de la diaspora qui avaient enchaîné les portes de l’ambassade pour manifester contre la complicité de l’Égypte dans le génocide perpétré par Israël à Gaza ont été emprisonnés en représailles. L’État a également utilisé à des fins répressives des mécanismes administratifs et juridiques, refusant des services consulaires, retenant des passeports et laissant des enfants apatrides. Les autorités inscrivent les militants sur des listes de terroristes, ce qui gèle leurs avoirs financiers, les signale aux frontières et les condamne par contumace.
La Turquie utilise également des outils administratifs et juridiques pour exercer une répression transnationale. En 2025, une note confidentielle a révélé que sa Direction générale de la sécurité avait secrètement cherché à contourner les règles d’Interpol afin d’obtenir un mandat d’arrêt contre un journaliste turc qui avait obtenu l’asile en Suède. La Turquie montre également comment les États répressifs peuvent se soutenir mutuellement : en avril 2025, à la demande du gouvernement turkmène, la police turque a arrêté les blogueurs et militants des droits humains Abdulla Orusov et Alisher Sahatov sur la base de fausses accusations de terrorisme. Malgré une décision de la Cour suprême turque stipulant que leur renvoi mettrait leur vie en danger, selon certains rapports les deux hommes auraient été secrètement transférés par avion au Turkménistan, où l’on ignore ce qu’ils sont devenus.

La police costaricaine mène une opération visant à arrêter des suspects liés à l’assassinat du dissident nicaraguayen Roberto Samcam à San José, au Costa Rica, le 12 septembre 2025. Photo d’Ezequiel Becerra/AFP
Ces tactiques peuvent inclure des violences meurtrières. En 2025, l’opposant politique cambodgien Lim Kimya a été assassiné en Thaïlande. Il s’agit là d’un exemple parmi tant d’autres en Asie du Sud-Est, une zone de répression collaborative où les gouvernements s’entraident activement ou se facilitent tacitement la tâche pour cibler les dissidents sur leur territoire, en échange d’un traitement réciproque à l’égard de leurs détracteurs vivant en exil.
Le même schéma se met en place dans les Amériques. Roberto Samcam, un major de l’armée à la retraite devenu un critique virulent du dictateur nicaraguayen Daniel Ortega, a été abattu au Costa Rica en juin. Deux militants vénézuéliens des droits humains en exil ont été blessés par balle en Colombie en octobre. Ils ont survécu, mais l’attaque a eu un effet glaçant sur la diaspora vénézuélienne.
Chaque acte de répression transnationale fructueux transmet un message à propos de la portée de l’État et les limites de la sécurité des dissidents. Les gouvernements démocratiques qui ne parviennent pas à enquêter, à poursuivre et à condamner publiquement ces opérations sur leur territoire sont complices. Les États devraient renforcer les protections juridiques accordées aux militants exilés et collaborer avec les communautés de la diaspora. En novembre 2025, le Parlement européen a adopté son premier rapport sur la répression transnationale, appelant à des sanctions européennes contre les États impliqués.
La régression démocratique s’accélère. Mais il y a également des aspects positifs. L’Albanie a élargi le droit de vote en introduisant le vote de la diaspora. Les Samoa ont organisé l’une des élections les plus disputées de leur histoire. Le parti modéré au pouvoir en Moldavie a conservé le pouvoir malgré une campagne d’ingérence russe sophistiquée combinant cyberattaques, désinformation et financement illicite, avec la société civile jouant un rôle essentiel dans la protection de l’intégrité électorale. L’Australie et le Canada ont tous deux rejeté la politique alignée avec celle de Trump lors d’élections où le comportement du gouvernement américain a été un enjeu majeur de la campagne, défiant la tendance des sortants à perdre en raison des enjeux du pouvoir d’achat. À la suite d’une crise constitutionnelle en décembre 2024, lorsqu’un président aux abois a tenté d’imposer la loi martiale, avant d’être stoppé par des manifestations de masse, la Corée du Sud a élu un nouveau président avec un mandat pour effectuer des changements.
Dans de nombreux pays, les élections ont donné à la population une véritable occasion d’exprimer ses profondes revendications économiques et sa frustration politique. C’était le cas en Bolivie, où l’élection présidentielle d’octobre a donné le pouvoir à un parti d’opposition pour la première fois en deux décennies, permettant une transition pacifique au milieu de la pire crise économique depuis une génération. Là-bas comme ailleurs, la société civile a joué un rôle essentiel dans la protection de l’intégrité électorale.
Des moments prometteurs d’ouverture démocratique sont apparus dans des pays où l’espoir avait longtemps semblé mince. En Syrie, l’effondrement du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024 a mis fin à cinq décennies de régime autoritaire de type dynastique, créant une opportunité fragile mais réelle de transition. En Somalie, un accord politique a abouti à l’introduction d’élections directes pour les législateurs fédéraux, ce qui pourrait marquer un changement par rapport aux structures de pouvoir claniques bien établies dans le pays, malgré une opposition importante et un temps limité pour sa mise en œuvre.

Des personnes participent à une manifestation « No Kings » contre les politiques du président américain Donald Trump à Chicago, aux États-Unis, le 18 octobre 2025. Photo de Jim Vondruska/Reuters via Gallo Images
Tout au long de l’année, des gens ont mis leur vie en jeu pour revendiquer et défendre la démocratie. Aux États-Unis, des millions de personnes sont descendues dans la rue pour résister à l’autoritarisme de Trump, le mouvement « No Kings » appliquant le refus fondateur de la monarchie aux préoccupations contemporaines concernant les abus de pouvoir de l’exécutif. Des centaines de milliers de personnes se sont mobilisées en Allemagne, d’abord contre la décision du gouvernement d’adopter une loi anti-immigration avec le soutien de l’AfD, qui a rompu le consensus contre la coopération avec l’extrême droite, puis contre l’AfD avant les élections fédérales. En France et aux Pays-Bas, des dizaines de milliers de personnes ont défilé contre le racisme et les politiques d’extrême droite. Les Français sont de nouveau descendus dans la rue pour soutenir un verdict judiciaire condamnant la figure principale d’extrême droite dans le pays, Marine Le Pen, pour détournement de fonds publics européens et la déclarant inéligible à l’élection présidentielle de 2027.
En Turquie, l’arrestation pour des motifs politiques d’İmamoğlu a déclenché un soulèvement national mené par la génération Z contre le démantèlement des institutions démocratiques mené depuis des décennies par Erdoğan. Malgré une répression violente, la Géorgie a connu en juin 200 jours consécutifs de manifestations exigeant la tenue de nouvelles élections suite aux résultats frauduleux de 2024 et le rétablissement des projets d’adhésion du pays à l’UE. Au Togo, l’arrestation d’un rappeur populaire a déclenché le Mouvement du 6 juin, mobilisant une génération qui n’a jamais connu la démocratie mais refuse d’accepter près de six décennies de règne dynastique.

Un étudiant brandit un fumigène lors d’une manifestation contre la détention du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu à Istanbul, en Turquie, le 21 mars 2025. Photo d’Umit Bektas/Reuters via Gallo Images
Les dirigeants autoritaires qui ont utilisé les élections pour ancrer leur pouvoir ont également été confrontés à des manifestations, auxquelles ils ont généralement répondu par la violence. En Côte d’Ivoire, les partisans de l’opposition sont descendus dans la rue plusieurs mois avant les élections d’octobre pour manifester contre l’exclusion des deux principaux candidats de l’opposition, ce qui a conduit à quelque 700 arrestations et 80 peines de prison, tandis que 11 personnes ont été tuées. En Tanzanie, les forces de sécurité ont tué des centaines de personnes lorsque des manifestations ont éclaté à la suite d’élections non démocratiques. Au Cameroun, l’État a recouru à la force meurtrière contre les manifestations postélectorales. En Ouganda, les forces de sécurité ont tué au moins 30 manifestants de l’opposition et en ont arrêté 2 000, tandis que le fils de Museveni, chef de l’armée, a publiquement menacé de tuer le principal candidat de l’opposition.
En Iran, des manifestations généralisées ont éclaté le 28 décembre, et les manifestants ont exigé la fin du régime théocratique. Déclenché par une forte dépréciation de la monnaie et une accélération de l’inflation, le mouvement s’est rapidement transformé en une remise en cause directe de la légitimité de l’élite au pouvoir. Les autorités ont réagi en tuant des milliers de manifestants, en en détenant des dizaines de milliers et, une fois le mouvement écrasé, en condamnant à mort des manifestants.
Partout dans le monde, des millions de personnes ont montré qu’elles estimaient que la démocratie valait la peine de risquer leur vie. La question est de savoir si ces exemples de résistance peuvent se cristalliser en une pression durable en faveur d’un renouveau démocratique, ou si les tendances régressives continueront à s’accentuer. Cela dépendra en grande partie de la capacité des institutions internationales à faire respecter les normes qu’elles ont mis des décennies à établir, et de la capacité de la société civile à résister aux restrictions qui l’entourent afin de garder vivantes les aspirations démocratiques.